DJIBOUTI
Développements majeurs depuis mars 1999 : en 1999,
le gouvernement a nommé un Groupe de Travail sur l'Action contre les
mines, chargé de définir un plan d'action incluant l'étude des zones
minées, la sensibilisation au danger des mines et l'assistance aux
victimes. Les Etats-Unis financent l'action contre les mines à Djibouti.
Djibouti n'a pas présenté son rapport conformément à l’article 7,
prévu pour le 27 août 1999. Des forces rebelles ont utilisé des mines
antichars en 1999 et au début de l’année 2000, faisant 69 nouvelles
victimes de mines. En novembre 1999, la garnison militaire française
stationnée à Djibouti a détruit son stock de 2 444 mines antipersonnel.
Politique d'interdiction des mines
Djibouti a signé le Traité d'interdiction des mines
le 3 décembre 1997 et l'a ratifié le 18 mai 1998. Djibouti n'a pas
adopté de législation nationale et n'a pas présenté son rapport d’information
conformément à l’article 7, prévu pour le 27 août 1999. Des
officiels du Ministère des Affaires Etrangères ont indiqué à
l'Observatoire des Mines en février 2000 que le ministre attendait un
rapport du Ministère de la Défense sur l’état d’avancement du
dossier.
Djibouti n'a pas participé à la Première Conférence
des Etats Parties à Maputo, en mai 1999, ni à aucune réunion
intersessionelle des Groupe Permanents d'Experts. Djibouti a voté en
faveur de la résolution 54/54B de l'Assemblée Générale des Nations
Unies (AGNU) soutenant le Traité d'interdiction des mines en décembre
1999, comme précédemment pour des résolutions similaires de l'AGNU, en
1996, 1997 et 1998.
En 1999, l'Association de Soutien aux Victimes des
Mines (ASOVIM), ONG locale, a lancé la première campagne organisée de
lutte contre les mines à Djibouti. ASOVIM a démarré une campagne
d'envoi de lettres aux agences gouvernementales et au Parlement, appelant
à l'adoption rapide d'une législation nationale d'application du Traité.
Djibouti n'a pas ratifié le Protocole II amendé de la
Convention sur les Armes Conventionnelles et n'est pas membre de la
Conférence sur le Désarmement.
Production, transfert, stockage
Djibouti n'a jamais produit ni exporté de mines
antipersonnel. Il semble que des mines aient été importées de France et
d'Italie. L’éventualité d’un transfert de mines via le territoire de
Djibouti est un sujet d'inquiétude. Djibouti est le principal port
maritime sur la côte sud du Golf d'Aden et le principal port pour l’ensemble
des biens à destination de l'Ethiopie, qui a signé mais pas ratifié le
Traité. L'Erithrée voisine n'a pas signé le Traité et la Somalie,
également frontalière de Djibouti, n'est pas en position de le signer à
l'heure actuelle. En 1998, des groupes djiboutiens ont affirmé qu'au
moins un chargement de mines avait été importé par l'Ethiopie via le
port de Djibouti. Aucune autre accusation n'a été portée en 1999 ou
2000 concernant le transfert de mines par les ports de Djibouti.
Djibouti n'a pas commencé la destruction de ses stocks
de mines, ni même planifié cette destruction. En 1998, des techniciens
de la Légion Etrangère Française ont assisté l'armée djiboutienne
pour la destruction de 350 kilogrammes de mines et d'engins non explosés.
Djibouti, qui a obtenu l'indépendance de la France le 27 juin 1977,
accueille la plus importante base militaire française hors de France. Les
2-4 novembre 1999, les militaires français basés à Djibouti ont
détruit leur stock de 2 444 mines antipersonnel à Grand Bara, au sud
ouest de la ville de Djibouti.
Utilisation
Il ne semble pas que l'armée djiboutienne ait utilisé
des mines lors des opérations de répression des insurrections, depuis la
signature du Traité d’interdiction des mines. Malgré la signature d'un
accord de paix entre les rebelles du Front de Restauration de l'Unité et
de la Démocratie (FRUD) et le gouvernement de Djibouti, une faction
dissidente du FRUD, dirigée par l'ancien Premier Ministre, Ahmed Dini, a
poursuivi l'insurrection armée en 1998 et 1999. Le gouvernement de
Djibouti ainsi que des observateurs indépendants affirment que les forces
du FRUD ont utilisé des mines antichars durant ce nouveau conflit. En
1999 et au cours des 2 premiers mois de l’année 2000, au moins 10
accidents par mines ont été répertoriés, blessant 69 individus et
tuant 22 autres personnes. Le dernier date du 7 février 2000. L’ensemble
des mines utilisées en 1999 et 2000 sont des mines antichars, posées sur
des routes civiles.
Le gouvernement a conclu un accord de réconciliation
avec l'opposition du FRUD, le 7 février 2000, selon lequel les deux
parties ont accepté de libérer tous les prisonniers et de cesser les
hostilités. Aucun autre incident par mines n'a eu lieu depuis.
En 1999, l'Erythrée a accusé Djibouti de prendre
parti en faveur de l'Ethiopie dans le conflit frontalier qui oppose les
deux pays. En conséquence de quoi, Djibouti a cessé ses relations
diplomatiques avec l'Erythrée. A plusieurs reprises, Djibouti a affirmé
que l'Erythrée soutenait la Milice Afar du Nord et que celle-ci utilisait
des mines dans la zone frontière entre l'Erythrée et Djibouti.
L'Observatoire des Mines ne peut vérifier ces allégations. Le 13 mars
2000, les deux pays ont normalisé leurs relations diplomatiques.
Problème de mines
Djibouti a un léger problème de mines, dû à
l'héritage des trois ans de guerre civile de 1991 à 1994. Elles ont
été utilisées durant ce conflit par les forces rebelles du FRUD et par
les troupes de l’armée gouvernementale. Les militaires djiboutiens ont
utilisé des mines françaises et italiennes, les forces du FRUD des mines
italiennes et russes. Rien n'indique une utilisation massive de mines, par
l'une ou l'autre des parties, contre la population civile.
Aucune enquête systématique sur la situation des
mines n'a été réalisée à Djibouti et on ne dispose pas d'informations
fiables sur l'étendue des zones minées. Certains territoires des
montagnes de l'Afar du Nord semblent plus exposées que d'autres régions.
Des représentants de l'ASOVIM ont effectué une tournée dans les zones
supposées minées du Plateau de l'Afar et ont constaté que de nombreux
établissements publics, notamment les écoles, ont été abandonnés du
fait de la menace de mines. Dans la ville d'Obock, des mines ont été
découvertes dans les plantations de palmiers, qui depuis ne sont plus
cultivées. Les routes rurales au nord de Tadjourah pourraient également
être minées. Enfin, le district sud de Dikhil serait également miné.
L'accord de réconciliation comporterait un engagement
des parties à révéler toutes les zones minées.
Action contre les Mines
En 1999, le gouvernement a nommé un Groupe de Travail
sur l’Action contre les mines, composé de représentants de l'armée,
du Ministère de la Santé, du CICR et de l’OMS. Le Groupe de Travail
doit formuler un plan d'action incluant l'étude des zones minées, la
sensibilisation au danger des mines et l'assistance aux victimes.
Djibouti n'a alloué aucun financement national pour
l'action contre les mines. Néanmoins, les Etats-Unis ont prévu de
contribuer à hauteur d’environ 1,1 million de dollars en 2000 et 2001
afin de financer un programme d'action contre les mines à Djibouti. Les
Etats-Unis ont approuvé la requête de Djibouti le 12 décembre 1999 pour
une assistance au déminage humanitaire. Il semble que des formateurs
militaires américains et des sous-traitants vont devoir établir un
programme de déminage complet, incluant la formation, l’équipement,
les installations pour la formation au déminage. Une étude préalable
pour déterminer les besoins a été réalisée en 2000.
L'armée française a formé un contingent de 30
démineurs militaires djiboutiens et en novembre 1998, les démineurs
nouvellement formés ont commencé une opération de déminage à petite
échelle dans le district d'Obock.
Victimes des mines
Ci-après une liste des incidents par mines en 1999,
répertoriés par l'Observatoire des Mines d'après les nouveaux récits
et les entretiens. L’ensemble des accidents ont été provoqués par des
mines antichars. Il n'existe pas de statistiques systématiques sur les
victimes de mines à Djibouti.
Assistance aux victimes
Le plateau du Nord de Djibouti, la zone la plus
âprement disputée pendant la guerre civile, et qui abrite la plupart des
terrains et routes que l'on suspecte d'être minés, est une région
montagneuse difficile, avec peu de routes accessibles. Les victimes
civiles rencontrent des difficultés majeures pour obtenir de l'aide. Les
victimes de mines militaires sont généralement évacuées par
hélicoptère.
L'hôpital du district d'Obock, le plus proche des
zones les plus risquées, a été totalement détruit pendant la guerre
civile de 1991-1994. Il ne reste plus que deux hôpitaux à Djibouti
capable d'assister les victimes de mines. Tous deux sont situés dans la
ville de Djibouti. Les victimes civiles sont traitées au Groupe
Hospitalier Peltier, public. Bien qu'en mesure de pratiquer des
interventions chirurgicales majeures, l'Hôpital Peltier se détériore
depuis plusieurs années. L’ensemble des victimes militaires sont
soignées à l'hôpital militaire français de Bouffard, qui dispose
d'installations adaptées mais de petite capacité, pour la chirurgie et
les soins intensifs. Les civils ne sont généralement pas traités dans
cet hôpital.
Le bureau local du Comité International de la
Croix-Rouge (CICR) a joué un rôle actif dans l’assistance aux victimes
de mines. Le CICR, qui dispose d'un centre de réhabilitation à Addis
Abeba en Ethiopie, importe des prothèses pour les victimes de mines
amputées, ou les envoie à Addis Abeba pour être appareillés. En 1999,
le CICR à Djibouti a aidé 24 victimes militaires de mines. La majorité
d'entre eux avaient été blessés au cours de la guerre de 1992-1994,
mais 8 l’ont été entre 1997 et 1999. Le CICR a fourni 17 prothèses, 5
chaises roulantes et deux chaussures orthopédiques. En 1999 également,
suite à la résurgence des explosions de mines, le CICR a démarré, en
collaboration avec le Ministère djiboutien de la Santé, un programme
d'assistance aux victimes civiles des mines. Six civils blessés en 1999
ont été traités depuis à l'Hôpital public Peltier.